Crée le : 30 juin 2025
Modifié le : 6 janvier 2026 à 3:45:41

Témoignage de Jean-Patrick.
Retranscription de la vidéo pour 20minutes
Moi c’est Jean-Patrick, j’ai 34 ans et j’ai fondé l’association Kemp’s Pose.
On propose des groupes de paroles tous les vendredis à la bulle pour les personnes qui veulent arrêter ou faire une pause par rapport à leur consommation de produits psychoactifs, que ce soit dans le cadre dans les Kemp’s Party, en milieu festif ou aussi dans le Kemp’s Sex.
On a des hommes gays, on a des femmes cis, des femmes trans, on accueille tout public dans ces groupes de paroles.
J’avais jamais consommé avant et là j’ai tenté parce que la personne me plaisait, parce qu’il y avait cet effet de groupe aussi, d’autres personnes aussi autour de lui consommaient, donc il y avait vraiment cet effet de groupe.
Je me pensais invincible à l’addiction.
Pour moi c’est quelque chose que je voyais dans les films ou dans les séries.
En premier temps c’était festif et après il y a eu le Kemp’s Sex.
C’est-à-dire que là j’ai découvert de nouveaux produits, ce n’était pas les mêmes produits que je consommais en soirée.
C’était des catinones, donc ça a commencé avec la 3MMC.
Aujourd’hui la 3MMC n’existe plus, c’est de la 2CMC parce que le métil a été interdit, donc ça a été remplacé par le chlore et j’ai découvert aussi le G, on appelle GHB, GBL, où là j’ai commencé à le consommer dans un cadre sexuel ou parce que je rencontrais du monde. Encore une fois c’était un effet de groupe.
Je suis rentré dans ce cercle de rencontres, de Kemp’s Sex, de produits, de week-ends entiers à ne faire que ça.
Ça m’a permis aussi de me libérer aussi par rapport à mon corps parce que j’ai eu beaucoup de discrimination plus jeune à l’école, au collège, au lycée. J’ai eu beaucoup de grossophobie et d’homophobie à la fois.
On me répétait tous les jours « sale pédé », « t’es sale », « t’es dégueulasse », etc.
Donc j’ai grandi avec ça et je me suis construit avec ces mots et j’ai cru ces mots, c’est-à-dire que moi je me suis senti très sale.
J’ai commencé avec 1 gramme, puis après 2 grammes le week-end, 4 grammes, 8 grammes.
Physiquement déjà ce qui s’est passé, c’est qu’il m’est arrivé de faire des J-Hauls, c’est-à-dire de consommer trop de GHB, GBL et de tomber tout simplement pendant une demi-heure, une heure, deux heures, je ne sais pas, au final.
Parce que je me réveille dans un appartement, les gens sont à côté, ils font leur vie et moi je me réveille, je ne sais pas combien de temps ça a duré. Mais même en ayant ces moments difficiles, ces J-Hauls, en l’occurrence, je continuais quand même parce que l’addiction prenait le pas et le dessus sur tout ça.
Il m’arrivait des fois pendant 3 jours de ne pas boire de l’eau, j’oubliais de boire tellement que ça me coupait l’envie de boire, de manger. Je pouvais dormir pendant 20 heures parce que je n’avais pas dormi pendant 3 jours.
J’oubliais des choses, c’est-à-dire que je vais faire des choses dans ma vie, je loupais les rendez-vous, des fois je me réveille, je disais on est mardi, on est quel jour de la semaine, j’étais complètement perdu.
C’est des produits qui ne coûtent pas cher du tout. Aller boire des verres en soirée, c’est limite un peu plus cher dans certains endroits. C’est très facile de se procurer des produits.
Je peux me faire livrer du produit en 20 minutes en plein coeur de Paris. Ça arrivera comment ?
C’est-à-dire qu’on viendra me livrer à quelqu’un qui arrive en scooter ou en vélo, ou en trottinette, peu importe.
Sinon, c’est très facile sur Internet. On fait la petite commande et on reçoit chez soi le petit colis.
C’est-à-dire qu’aujourd’hui, même votre facteur, c’est votre dealer.
Où est le gouvernement par rapport à tout ça ?
Parce qu’il n’y a pas de statistiques.
Où est-il relayé dans la presse par rapport à la réalité et au retour du terrain ?
Il y a un gros décalage entre nous, ce qu’on entend, ce qu’on voit
et ce qu’on peut lire dans les quelques articles de presse.
C’est le grand écart, honnêtement.
J’ai eu des amis qui ont été dans le coma.
J’ai des amis qui sont restés plusieurs semaines
sans pouvoir bouger leurs bras et devoir faire de la rééducation.
Avec Chems Pause, on a beaucoup de retours qui nous disent « j’ai tel pote qui a fait une overdose, j’ai un ami qui est décédé ».
C’est une vraie épidémie, le chemsex.
Moi, je me suis rendu compte que quand on arrête la consommation de produits, on perd tous ses amis qui consomment.
Bien évidemment, on se retrouve seul.
C’est un peu retour à la case départ.
On était seul avant de consommer et on se retrouve seul avec l’arrêt de la consommation.
Avec M’s Pose, on propose des groupes d’activités sociales.
C’est-à-dire qu’on peut aller tous ensemble au théâtre.
On a été faire de l’escalade samedi après-midi tous ensemble.
On a fait une partie de laser-Game.
Ça devient comme une famille au final.
C’est vachement chouette et c’est vachement important.







































